Compte-rendu de l'Assemblée générale Vannes 2014

Publié le par ARVB

 

 

 

 

Association pour la reconnaissance des vins bretons

Assemblée générale du samedi 4 octobre 2014, au Palais des Arts, à Vannes

 

 

Très riche AG 2014. On pourrait même dire : un cru exceptionnel. Tant par la qualité des échanges, leur diversité, la qualité des intervenants, la qualité des vins dégustés, et l’apothéose dans le vignoble vannetais de Jean de Saint Rémy, chez qui nous avons vendangé, pressé et mis en cuve. Une grande première ! Mais la grande nouvelle cette année est l’ouverture qui semble se profiler dans la législation, une bonne nouvelle pour la viticulture associative, et l’apparition de plusieurs projets professionnels. La viticulture bretonne s’apprête, si on ne lui met pas de nouveaux bâtons dans les roues, à prendre un virage historique.

 

Bilan et bureau

 

Le bilan de l’exercice précédent a été adopté à l’unanimité, et le bureau a été réélu.

 

Tour de salle

 

Le traditionnel tour de salle a permis de faire le point sur les projets en cours et à venir, ainsi que sur l’état du vignoble 2014. En voici un résumé.

 

1- Projets

 

France-Agrimer : En ce qui concerne les vignobles amateurs associatifs, des demandeurs nous ont signalé qu’il n’y avait plus de problème pour les vignobles de moins de 1000 m2. La demande doit se faire auprès de France-Agrimer, à Angers (demander l’OCM 20). L’interdiction est maintenue pour les particuliers.

L’organisme enregistre les demandes et donne les autorisations pour la Bretagne. Pour une vigne associative, il semble que la démarche de déclaration soit assez simple. L’interlocutrice s’appelle Mme Vivant. Il est également possible de déposer un dossier pour la création d’une vigne expérimentale. C’est plus compliqué (dossier plus épais). L’une des contraintes dans ce cas est d’effectuer trois ans de vinification avec déclaration de récolte, avant d’avoir l’autorisation d’exploiter (dans le contexte d’une future libéralisation des droits de plantation en 2016).

 

 Treffiagat : Une association est en train de mener un projet de vignoble à Treffiagat, dans le Finistère (Pays bigouden). Elle vise la libéralisation des droits de plantation annoncée pour le 1er janvier 2016 et qui devrait permettre de libérer un quota de près de 8000 hectares, en zone hors indication géographique. Ce projet est né en 2011. Il a été présenté en septembre 2012 à l'incubateur Produits En Bretagne (PEB) et a été élu projet à soutenir. 
 
L'histoire est née. « Propos de Sylvie Guerrero »
Ce projet est né en 2011. Il a été présenté en septembre 2012 à l'incubateur Produits En Bretagne (PEB) et a été élu projet à soutenir.
L'histoire est née.
Les droits de plantations étant ce qu'ils sont et après avoir été jusqu'à l'assemblée nationale pour demander une dérogation (planter 1 an avant la libéralisation des VSIG), j'ai décidé de contourner la loi en créant une association de préfiguration à la création dune EARL. Cette asso de préfiguration permet lors de son arrêt de céder à une personne morale ses biens, moyens et ressources. Je vous donnerai des détails très prochainement puisque aujourd’hui, je règle toutes ces questions juridiques avec un avocat de PEB.
Le domaine de Treffiagat fera à terme 4 ha. Effectivement, c'est bien l'albarino qui sera dans le pays sud Bigouden, puisque le climat de Galice est proche de notre climat.
Au mois d'avril, nous commençons par planter 0,7ha.
Concernant Terrena, c'est une coopérative agricole dont le siège sociale est à Ancenis. J'y travaille. Ce qui me permet de travailler avec le service recherche et développement pour des techniques de filets ou des techniques d'agriculture raisonnée et surtout qui me permet de travailler avec les Vignerons de La Noëlle (vignerons de la coopérative), dont le directeur est entre autre mon parrain PEB sur le projet.

Voilà l'histoire.

   

Le projet associatif, agréé par France Agrimer, touche une petite superficie (0,3 à 0,4 ha). Il s’agit d’une préfiguration  (Statuts permettant la revente à une société) qui vise une exploitation sur 4 ha, situés sur une bande ensoleillée d’environ 10 km2. Il se dit que tout ce qui aura été planté avant 2016 sera automatiquement reconnu.

 

Le cépage choisi est l’albariño, l'albarino  est l'un des cépages de Galice, ce n'est pas le seul (Ribeiro, Godelo, Palomino....) ; c'est le cépage exclusif de la DCO (AOC)  Rias Baixas. Celui du fameux vin blanc de Galice, une région au climat très proche.

 

Pénestin : Une demande a également été déposée auprès de France Agrimer à Angers, pour un conservatoire des variétés bretonnes, sur 25 à 30 ares. Il a pour vocation de servir de pépinière. La cheville ouvrière s’appelle JC Vernières. Il serait donc intéressant que tous ceux qui repèrent en Bretagne des variétés anciennes se mettent en contact avec ce conservatoire. L’association vigne et vin à Pénestin est en contact avec l’association Le Berligou de Couëron.

 

 

Île-de-France : la région Île-de-France avait obtenu une dérogation à l’interdiction de plantation, pour les vignobles à caractère municipal ou associatif. Ce que nous revendiquions également pour la Bretagne. Nous n’avons jamais pu obtenir la même chose, mais juste le fait que l’administration des douanes ferme les yeux sur nos pratiques, depuis le remue-ménage médiatique occasionné par l’association autour des problèmes de Jean Donnio. Rappelons que Jean, pour donner un coup de pied dans la fourmilière, avait demandé aux Douanes une régularisation de sa plantation du Quillio, en centre Bretagne. L’administration lui avait alors demandé d’arracher ses vignes et de porter- à ses frais – le produit de sa récolte à la distillation. Bien sûr, il n’en fit rien. Et finalement, il reçut un jour un courrier lui signifiant que, étant donné l’âge de sa vigne, on le laisserait tranquille.

Aujourd’hui, en Île-de-France, il semble qu’une association fasse des démarches pour aller vers une AOC et donc une exploitation commerciale.

 

Bravo pour cette AG réussie. (Propos de Patrice Bersac, Président des Vignerons Franciliens Réunis, qui apporte des précisions et rectifications sur la situation en Île-de-France, texte repris de son courriel du 5 novembre 2014) 

VFR n'a pas obtenu de dérogation en matière de droits de plantation car cela est toujours refusé à quiconque. Il n'y a toujours pas de statut juridique adapté aux vignes patrimoniales. Chaque maigre avancée est suivie d'un endormissement, c'est de la procrastination puissance 10. La Commission européenne m'a répondu l'an dernier que tout vigneron en raisin de cuve est soumis d'emblée à la réglementation européenne (!!!). Les autorisations de plantation sont encore et toujours des décisions arbitraires élaborées au long de la chaîne administrative qui va de FranceAgriMer local (Angers, Dijon etc.) au bureau des vins au ministère. Dernièrement, je suis intervenu pour un dossier qui allait s'enliser dans le marécage idolâtrique du juridisme techno-bureaucratique et de l'incompréhension de ce que nous faisons. Autre exemple, un dossier de collectivité territoriale est perdu depuis 2004, il est à refaire et on ne sait ce qu'il deviendra, mais la vigne existe depuis 2004 et des déclarations de récolte ont été faites.

L'administration des douanes fait de même, il n'y a que des décisions arbitraires, parfois appuyées sur un avis de l'échelon central. Il n'y a aucune doctrine écrite, rien qui permette de savoir où va l'administration. En revanche, il y a eu un très gros contentieux pour une association de vignerons patrimoniaux devenus ensuite adhérent VFR (1200 € d'amende, 9 infractions relevées, arrachage, distillation, destruction de bouteilles, etc. ; prévenu trop tard, j'ai à peine pu calmer le jeu. Le 24 juillet, j'ai passé 10 heures chez les douaniers d'Epernay qui ont été très attentifs dans leurs questions pour enregistrer des informations démonstratives de nos revendications et essayer de comprendre ce que nous faisons pour les vignes patrimoniales de France. Nous attendons que la centrale se prononce.

Quand Jean Dionno m'avait contacté, je lui avais dit de stopper l'arrachage et de bien insister sur le caractère patrimonial de sa vigne. A l'époque, la liste départementale des cépages allait disparaître et une liste nationale a été adoptée, cela arrange les choses.

Pour les vins franciliens, il n'y a pas d'AOC. Il y a toujours des vignes patrimoniales mais, pour ceux qui s'engagent dans une démarche professionnelle, et non pas ou plus patrimoniale, nous avons déposé un projet en IGP, mais pas en AOP car c'est impossible. Ce dossier est en cours d'étude par l'administration. Nous en avons informé un porteur de projet breton qui patiente lui aussi depuis 10 ans.
Si des vignerons bretons veulent se joindre à la démarche et aller vers une IGP des vins bretons, nous vous aiderons comme nous l'avons fait pour votre création le samedi 22 avril 2006 à Duhault, avec Pierre Guigui et Laurence Zigliara. Dans les travaux avec les administrations, j'ai déjà fait comprendre qu'il fallait envisager l'existence d'une aire de production d'IGP Bretagne, pareillement pour d'autres régions dites non viticoles, c'est jouable et très souhaitable pour ne pas dire vraiment nécessaire.

Concernant la libéralisation de 2016, tout est encore à craindre car l'administration refuse d'inscrire nos demandes dans les négociations au niveau de l'UE. La filière viticole, bien que prévenue, n'a pas encore pris la mesure de ce qui se passe. La situation est très complexe car il n'y a pas encore un dialogue équilibré et dynamique. Et concernant ceux qui voudront être en IGP, il y a à craindre à cause des VSIG qui risquent d'être incontrôlés. La liberté est bienvenue si elle ne tue pas. Il faut peu de chose pour casser un marché naissant et mettre tous les nouveaux vignerons dans le marasme économique. Voilà pourquoi c'est complexe.

Je ne peux donc que vous inviter à nous rejoindre, il y a une place prévue pour la Bretagne dans nos statuts de type fédération nationale (et cela ne coûte que 20 euros par an). Nous avons décidé en AG 2013 de changer de nom pour devenir Vignerons Francs Réunis parce que nous avons des adhérents de plusieurs régions de France et que le combat nécessite beaucoup plus de pression venant de plusieurs régions de France.

 

Je souhaite un bel avenir aux vignerons bretons comme à bien d'autres vignerons de France qui suivent avec intérêt nos travaux.

Patrice BERSAC
Président des Vignerons Franciliens Réunis
www.avfr.org
Association loi 1901 (JORF du 14.10.2000)
3, cour du Ginkgo - 75012 PARIS
Mph 06 84 61 23 65 - Tph 01 44 67 78 51 - Fax
09 57 45 78 65
Adel :
pbersac@gadz.org 

 

 

Lozère : Autre exemple, en Lozère, un vignoble municipal, au bout de trois ans, a été cédé à un exploitant.

 

Île d’Arz et Sarzeau : Daniel Lorcy, ancien maire de l’île d’Arz, est venu, comme l’an dernier, nous parler du projet de relance d’activités traditionnelles (agriculture, marais salants, vigne). Le vignoble existait autrefois. On a retrouvé par exemple une parcelle de 5 hectares cultivée avant la Révolution, ce n’était pas la seule. Au total, sur l’île d’Arz, il s’agit d’un projet sur plus d’un hectare. Sur l’île d’Ilur, appartenant au Conservatoire du littoral – qui a donné son accord de principe – le projet touche 1,5 ha. Une rencontre a permis de rapprocher ces projets de celui de Sarzeau, mené par Louis Chaudron, jeune viticulteur du Pays nantais. Le 28 novembre, une réunion d’étape doit être organisée entre tous ces partenaires. Une étude a été réalisée par Ludivine Guinoiseau, qui va nous en faire un exposé dans l’après-midi (lire plus bas).

 

Le projet de Louis Chaudron est dans l’esprit « vin naturel » et touche une zone considérée comme agricole.

 

Sur Sarzeau, le projet touche les terres d’un ancien manoir, avec anciens chais et cuve en ciment. Une vingtaine de financeurs sont intéressés. Ce projet continental est destiné à voir le jour avant ceux des îles.

 

Si le besoin se fait sentir, l’association ARVB peut soutenir politiquement et médiatiquement ce projet, même si elle n’a pas vocation à défendre des projets professionnels.

 

Plélauff : un projet de plantation d’interspécifiques semble en cours dans cette petite commune schisteuse des environs de Rostrenen (centre Bretagne).

 

Quiberon : Catherine, excellente restauratrice au Petit Hôtel du Grand Large, à Portivy, présente à la réunion, envisage de planter en presqu’île.

 

2 – Bilan 2014

 

Saint-Suliac : Le magnifique vignoble du Mont Garrot, surplombant la Rance, a vu cette année l’arrachage de 400 pieds de chenin et leur remplacement par 400 pieds de Rondo, cépage interspécifique venu d’Allemagne. Rappelons que les interspécifiques ont la particularité de conserver des qualités gustatives plus intéressantes que les hybrides, tout en présentant une bonne résistance aux maladies. Il s’agit ici d’un cépage rouge qui donne déjà de bons résultats en Cornouaille anglaise et dans le Devon.

 

Rappelons que c’est aussi à côté de ce vignoble qu’a été découvert une lambrusque courant dans un bois, donc provenant d’une vigne ancienne (la vallée de la Rance fut autrefois viticole, comme le géographe Al Idrisi le mentionne dès le XIIème siècle). Le cépage identifié (maman du merlot) a plus été reconnu dans la région de Cognac comme étant la petite madeleine noire des Charentes, alors qu’elle aurait dû prendre le ,nom du Mont Garrot ! Des boutures ont été effectuées à Guipry-Messac, dans l’Ille-et-Vilaine.

 

Mauvaise surprise pour la récolte de chenin 2014 : alors que tout semblait bien parti, l’apparition de brumes matinales persistantes, fin juillet, a provoqué une attaque d’oïdium qui a ravagé le vignoble en 48 heures.

 

A Saint-Suliac, on pratique la fermentation malolactique. La récolte 2013 a donc été mise en bouteilles en juin 2014.

 

Coteaux du Braden : Le célèbre vignoble quimpérois est en pleine forme. La vendange 2014 s’annonce sur les meilleurs auspices, après une année record d’ensoleillement.

 

A signaler la plantation de pieds de gamaret, un cépage rouge venu de Suisse.

 

La conduite du vignoble est toujours accompagnée par le Pr Carbonneaux.

 

Coteaux du Pargo : C’est la grande découverte de cette année, le vin (délicieux) et le vignoble situé dans le centre de Vannes, au cœur d’une propriété étonnante, avec parc et étang. 300 pieds ont été plantés en 2011 (Aladin, un hybride rouge, et sauvignon franc). Jean de Saint Rémy, Marie-Jeanne, Stéphane et Xavier y ont presse commune, et un petit labo très performant. Le jus, rosé, est passé au blanc grâce à l’ajout de bicarbonate.

Gros problème avec l’attaque des oiseaux qui ont déjà becqueté la moitié de la récolte. Une couette de bateau, destinée à chasser les mouettes, a limité les dégâts. Jean a tenté la sonnette et le talkie-walkie, sans grands résultats.

 

Plusieurs interventions au sujet des oiseaux. A Saint-Suliac, la présence d’une buse variable empêche les oiseaux d’approcher. A Cléguérec, un faux rapace en cerf-volant donne de bons résultats. A Quimper, le vignoble (800 pieds) est entièrement recouvert de filets. Coût : 1600 euros. A Couëron, des rubans plastiques rouge et blanc ont eu un effet.

 

Couëron : plantation de pinot noir - berligou en 2010. Association Le Berligou.Les plants sont très vigoureux, ce qui a conduit à maintenir un enherbement en ray-grass, plus pousse naturelle. Sur 6 ares, il y a 386 pieds, sur porte-greffe 3309 Couderc. 150 litres ont été récoltés en 2014, en rosé et rouge. En 2013, le blanc titrait naturellement 12°. Il y a eu une frayeur d’attaque du mildiou qui a été éradiquée après trois traitements.

 

Coglais : M. Hommery père (le papa de Bernard qui est l’une des chevilles ouvrières de l’ARVB), a récolté 150 litres, avec l’aide de ses amis (moyenne d’âge qui frôle les 80 ans !).

 

Intervention sur les fermentations 

Après la dégustation des flacons apportés par les viticulteurs bretons (des fiches vous seront adressées bientôt) et le repas, Alain Poulard, de l’IFCV de Nantes, nous a entretenu à propos de la gestion des fermentations alcooliques.

Les flores indigènes sont responsables des fermentations alcooliques. On les trouve partout dans la nature. Elles s’installent sur la pellicule du raisin et ne sont pas toutes désirables, ni très stables d’une année sur l’autre. Sur l’ensemble de flores présentes sur le raisin, seules 1% sont responsables de l’oxydation. D’après Alain Poulard, les études montrent, contrairement aux idées reçues, qu’il n’y a pas beaucoup de typicité de terroir des flores. Il y a deux possibilités : laisser agir la fermentation spontanée ou utiliser des souches sélectionnées qui permettent un marquage du vin sur des caractéristiques particulières. En muscadet, par exemple, certains producteurs vont répondre à un caractère de muscadet demander par un commanditaire comme Carrefour. Au départ la population des levures est faible (de l’ordre de 1000 pour 1000 litres). La fermentation démarre quand elles ont atteint 1 million pour 1000 litres. La levure dominante est responsable de 30 à 40% de la fermentation. En fermentation spontanée, on ne contrôle rien. Ça varie d’une cuve à l’autre. Comment gérer ça, et gérer en plus la présence de bactéries et de moisissures ? L’utilisation de SO2permet de sélectionner les souches. On peut aussi aider la nature en travaillant les pieds de cuve. Pasteur a travaillé sur les levures afin de diminuer l’acidité du vin qui était à l’époque souvent très élevée. Dix jours avant les vendanges, on met du raisin à fermenter qui servira à ensemencer et à faire disparaître les espèces parasites. C’est comme ça qu’on procédait avant-guerre. Ensuite, on a changé de méthode, avec la lyophilisation des levures indigènes et le levurage. Aujourd’hui, on voudrait revenir à des méthodes plus naturelles, mais on a perdu l’habitude du pied de cuve. Pour Alain Poulard, les études ne montrent pas une contamination massive des levures importées dans les chais et les exploitations.

Alain Poulard considère les fermentations malolactiques comme indispensables pour stabiliser un vin rouge. L’utilisation du bicarbonate permet en effet de diminuer l’acidité d’un vin, mais pas sa « verdeur ». Les levures démalicantes sélectionnées sont responsables par exemple du goût de banane du beaujolais. Elles donnent également de très bons résultats sur le pinot noir. Certains participants font remarquer que la fermentation malo-rampante d’hiver peut se déclencher après un refroidissement suivi d’un réchauffement. Alors, il faut mettre le jus sous anaérobie stricte. En fait, remarque Alain Poulard, les flores présentes dans les caves sont dominantes, même quand vous désinfectez. C’est un vaste bordel ! Et il ne faut pas non plus surestimer le rôle des levures : ce qui compte avant tout, c’est la qualité du raisin.

 

Intervention sur le projet de vignoble dans le golfe du Morbihan

Ludivine Guinoiseau, en master vintage management de la vigne, du vin et du terroir, a travaillé sur la faisabilité de la réimplantation de vignes dans le golfe. La création toute récente d’un parc naturel régional du golfe, favorable à des projets de développement durable est une bonne nouvelle pour le projet. Le travail de Ludivine explore quatre axes : l’histoire, le potentiel, le juridique et l’économie. En ce qui concerne l’histoire, la première mention écrite de l’existence d’un vignoble dans cette région date de1032. Le Morbihan n’a perdu son statut de département viticole qu’en 2001. En 1890, à son apogée, le vignoble du Morbihan comptait 2000 ha. Le cépage petit-breton du Moyen Âge a été d’abord supplanté par la folle blanche, puis après le phylloxera, par des hybrides. La dernière déclaration de vendanges date de1993, à Sarzeau. Le vignoble s’est orienté vers la recherche de profit plutôt que vers celle de la qualité, notamment à travers la distillation. Et la viticulture s’est même effacée de la mémoire des habitants. Aujourd’hui, le Parc naturel a inscrit dans son inventaire du patrimoine culturel immatériel le collectage sur le vin et les métiers de la viticulture.

 

En ce qui concerne le potentiel viticole de la région, sa topographie, sa géologie, son climat. Elle est située en limite nord de la vigne. Le relief est peu escarpé, mais présente des micro-reliefs intéressants, avec des pentes et un drainage adéquats. Le sol, avec du granit, du gneiss, des micaschistes, ressemble à celui d’autres vignobles français, en vallée du Rhône, Alsace, Beaujolais, Provence, Anjou ou Pats nantais. Le climat, sa pluviométrie, une température moyenne de12,4°C, un ensoleillement de près de 2000 hures par an, des vents modérés, semble aussi adéquat. Il y a plus de soleil qu’en Anjou ou en Alsace, par exemple. L’indice héliothermique de Huglin nous classe, comme le Pays nantais, en zone « Frais » (limite 1619°C-jours). Il convient donc à des cépages précoces rouges et blancs. Une étude parcelle par parcelle s’avère nécessaire.

 

Question juridique. Il n’y a pas actuellement de possibilité. Mais la législation doit changer le 1er janvier 2016 où des autorisations pourraient être données, non cessibles pendant deux ans, et valables jusqu’en 2030. Le quota prévu est entre 0 et 1% de la superficie totale du vignoble français, soit 7550 ha. Toutes les demandes seront acceptées, mais il y aura répartition entre les demandeurs. On ne sait pas encore qui va s’occuper de tout ça. En tout cas, l’année 2015 semble cruciale, puisqu’elle doit permettre à chaque Etat membre de faire ses évaluations. Quatre critères ont été retenus pour les candidats : la demande doit être inférieure à ce que le demandeur possède déjà, il doit avoir des connaissances professionnelles, être prioritaire (installation, par exemple), s’intégrer à un territoire.

 

Des freins demeurent : un passé viticole méconnu, la limite de la vigne, l’interdiction. Les actions de valorisation de l’histoire viticole de la Bretagne sont d’autant plus importantes. Un travail de sélection des meilleures parcelles s’avère nécessaire, ainsi que le choix d’une production visant la qualité. Pour le frein législatif, il faudra attendre 2016 pour espérer une levée de celui-ci.

 

Documents : résolutions 479 et 555 de l’Union européenne de 2008, règlement 1308 de 2013.

L’étude complète de Ludivine est disponible auprès de SIAGM à l’ESA d’Angers.

 

A suivre : une fiche dégustation des vins présentés à Vannes, par Gilles du Pontavice.

 

Cotisation : Pour ceux qui auraient oublié de la payer : merci d’adresser vos chèques libellés au nom de l’ARVB, à Jean-Michel Kerbœuf, trésorier, 2 allée Richard Wagner, 35000 RENNES. 15 euros pour un individuel, 30 pour une association.

 

 

 

 

 

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