Les vignerons bretons veulent adopter le Maréchal Foch

Publié le par ARVB

L’affaire aurait pu rester en terre bretonne et ne jamais en sortir. Qui eut su que l’on produisait du vin en Bretagne ?  Jean Donnio (Côtes d’Armor) est celui par qui la nouvelle s’est répandue. En 1990, il décide de planter  600 pieds d'hybrides le Maréchal Foch. L’administration lui accorde verbalement l’autorisation. Et il y va.  Noir et précoce, le raisin est assez résistant au mildiou, moins à l’oïdium, et donne un vin de couleur sombre, très aromatique, corsé, et vieillissant bien. Le vigneron note la présence de toute une gamme d'arômes tels le pruneau cuit, les fruits noirs, le champignon, le caoutchouc, le cèdre et la matière terreuse.

Trop zélé, il demande en 2007  une nouvelle autorisation. Mais cette fois, la D.D.I de Nantes change d’attitude. Après lui avoir demandé d’arracher finalement elle lui intime l’ordre de distiller, à ses frais, sa production de vin, puis « l’infraction » (de plantation) n’ayant pas été constatée dans un délai de 10 ans » il est autorisé à garder ses vignes.

Saisie de l’affaire, l’association des vignerons bretons qui s’est créée il y a trois ans sous l’impulsion de Pierre Guigui, Laurence Zigliara, Gérard Alle, Jean Michel Kerboeuf et Chantal Failler n’entend pas en rester là. Car pour toutes nouvelles plantations l’antériorité de l’infraction ne pourra pas jouer. Lors de leur dernière assemblée générale, le 26 avril 2008, les défenseurs des vins bretons  ont affirmé « A l’instar de l’association des Vignerons Franciliens, nous souhaitons voir  instaurer une tolérance pour les vignes bretonnes aux mêmes conditions et nous déclarons nos vignes à vocations pédagogiques, culturelles touristiques et historiques en nous engageant à ne pas vendre notre vin ».

Les Bretons dont la production reste quasiment « potagère » souhaitent avec, entre autres et pas exclusivement, les cépages hybrides  producteurs directs (HPD*) se démarquer d’une production uniformisée d’un continent à l’autre par de mêmes cépages offrant des vins sans identité (*les HPD sont des croisements permettant pour certains d’être plus résistants aux maladies et de réduire les traitements chimiques de synthèse). La réglementation française encadre cette famille de cépages qui  depuis les années 50, face au risque de surproduction, a été classée "autorisée" en France. Leur plantation est possible, mais avec amputation de 30 % des droits de plantation. Au fil du temps, ils ont peu à peu disparu.  Il s’agit donc d’une renaissance portée par une jeune association bien décidée à faire vivre des vins bretons à forte identité régionale.  Planté par les Romains, le vignoble breton existait déjà au 3ème siècle ! 

Publié dans Sujet de Saison

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